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30 ans, le bel âge...

FIV, AMP, bioéthique et société: où en est-on ?

 

Amandine, premier “bébé-éprouvette” français a 30 ans aujourd’hui et son aînée d’éprouvette, Louise Browns, née au Royaume-Uni, en aura bientôt 34. Le Pr Robert Edwards, inventeur de la FIV (Fécondation In Vitro), a eu le prix Nobel de Médecine en 2010. Mais, quelques trois décennies plus tard, où en est on ? La France, pays pionnier en son temps dans ce domaine, a pris du retard, prend du retard. Pour imager, on pourrait dire bloquée au stade « 4 cellules » (l’état minimal requis pour transférer un embryon conçu par FIV, qui se développera ensuite in utero en 8 cellules puis en morula et ainsi de suite avant de s’implanter définitivement et de se transformer en foetus… ou pas car la nature est imprévisible et souvent cruelle) !

Lois trop contraignantes, recul scientifique et technologique, fardeau culturel, idéologies rétrogrades trop prégnantes ? Pourquoi tournons nous en rond dans l’éprouvette en matière d’assistance médicale à la procréation à l’heure où l’infertilité devient un réel souci de santé publique ?


Deux études publiée s récemment par l’InVS (Institut National de Veille sanitaire) révèlent l’importance de ce thème trop peu médiatisé et trop peu connu des décideurs et du grand public. En 2008, 121515 cycles de traitement contre l’infertilité ont été réalisés en France toutes techniques confondues (inséminations, FIV, dons) conduisant à la naissance de 20136  enfants (on appréciera au passage le taux de succès de 14.7% en nombre de grossesses à terme), qui représentent 2,4% des naissances de l’année. Et on estime aujourd’hui qu’environ un couple sur 4 à 6 qui arrête d’utiliser un moyen de contraception sera concerné par une infécondité involontaire d’un an. Le phénomène n’est do nc nullement marginal et les données épidémiologiques ne montrent pas une amélioration, bien au contraire.


Où en est la science ?


Elle n’avanFIV-ICSI.jpgce plus, ou plus aussi vite. Parce qu’après le saut technologique au doux nom d’ICSI (Intra Cytoplasmic Sperm Injection qui permet de féconder directement un ovocyte par un spermatozoïde sélectionné et optimise les chances de créer un  embryon en cas d’infertilité masculine) en 1992, on bute désormais, no tamment, sur des phénomènes mal connus concernant la nidation et le développement embryonnaire. Mais ce n’est pas seulement et malheureusement pas l’état des connaissances qui freine le progrès, c’est essentiellement la législation qui empêche d’avancer. Car si les taux de succès des FIV stagnent en France (il faut savoir que moins d’un couple sur 2 concrétise son projet parental  et ce, malgré et au bout de, parfois, plusieurs années de traitements), c’est notamment parce que la recherche sur l’embryon y est interdite (sauf dérogations), ce qui limite l’acquisition des connaissances et la compréhension des processus biologiques que l’on pourrait ensuite tenter de mimer in vitro ou ex vivo. Une technique récemment mise au point de vitrification (congélation rapide) précieuse pour conserver les embryons (surnuméraires obtenus lors d’un cycle de stimulation et conservés pour une implantation ultérieure en cas d’échec) ou les ovocytes (pour les femmes devant par exemple subir une chimiothérapie et souhaitant conserver leur capacité à procréer après traitement) existe et permet d’augmenter significativement les chances de grossesse. Mais elle n’est adoptée et utilisée que peu à peu en France et au bon-vouloir des centres AMP… Principe de précaution, résistance au changement et au progrés ? … On constate aussi dans notre beau pays un sous-équipement technique chronique : les gamètes récoltées et les embryons mis en culture doivent être précieusement surveillés et incubés à température strictement constante mais les centres français ont peu d’incubateurs, qui servent pour beaucoup de couples et sont donc ouverts et rouverts à chaque manipulation, quelques degrés et variations à la clef à chaque fois. Une imparable « sélection naturelle » mais surtout une grande perte de chances…

 

Où en est la société sur ces questions ?

 

Les débats vains se succèdent, mettant trop souvent en avant ceux qui ne sont pas concernés et prônent un dogmatisme hors d’âge. Le sujet des « mères porteuses » en est un bon exemple. Cela concerne-t-il seulement quelques stars et starlettes hollywoodiennes qui veulent pouvoir dégainer (et rentrer) dans leur fourreau red carpet à tout moment ? Certainement pas et alors que, malgré les récentes tentatives de greffe d’utérus et des travaux restés inaboutis sur l’utérus artificiel, la science ne sait pas (encore ?) répondre à ces problèmes là, on refuse à celles qui sont concernées une opportunité d’avoir un enfant issu du couple mais porté, dans un geste qui n’est pas anodin mais qui est surtout altruiste, par une autre. La question de la gratuité, qui se pose également dans le cas du don (de gamètes notamment) est ici posée. Pourquoi s’arc-bouter sur ce principe de la gratuité (et de l’anonymat du don) ? Hypocrite et naïf, ce principe est fortement inégalitaire : rappelons qu’il n’y a pas d’égalité en matière de procréation entre « fertiles » et malchanceux « infertiles » et que les couples infertiles doivent montrer patte blanche et certificat de mariage avant d’être acceptés en centre AMP et qu’ils ont 4 chances remboursés par la Sécurité sociale quand les autres en ont… tous les mois ! Il est surtout injuste et, face aux listes d’attente en France (plusieurs années pour un don d’ovocytes), cela conduit à d’autres dérives pourtant décriées, celui de la recherche de donneurs à l’étranger et du tourisme procréatif. Quand on connaît la lourdeur d’un protocole de stimulation ovarienne, est il raisonnable de ne pas envisager un dédommagement pour les préjudices physiques subis, à l’image de ce qui se fait en Espagne, pays pourtant très catholique mais beaucoup plus en avance sur ces questions là que la France. Si l’hypocrisie est latente, il y a aussi pas mal d’ironie au détour du chemin : en novembre 2011, l’Agence de Biomédecine lançait une grande campagne en faveur du don de gamètes, visant le recrutement de donneurs (les conditions stipulent que les donneurs doivent être eux-mêmes parents, et âgées de moins de 37 ans pour les femmes). Mais c’est, bizarrement, dans les centres AMP que l’on voit ces affiches ! Ne serait ce pas plutôt dans les maternités qu’il faudrait placarder ces appels à la solidarité, pour sensibiliser ceux qui ont naturellement la chance et les capacités physiques à avoir un enfant? Cachez ce mal que je ne saurais voir : à l’heure de la glorification à tout va de la parentalité de tout type, l’infertilité serait-elle un nouveau tabou social ?

Autre mystère, qui se situe sans doute à mi-chemin entre le culturel, le philosophique et le scientifique, comment expliquer que, dans nos sociétés développées où l’on parle tant d’égalité entre les sexes, quand c’est l’homme qui est infertile, on traite, uniquement et massivement, la femme, fut-elle, elle, tout à fait fertile ?! On a donc su mener et conclure des recherches sur les difficultés érectiles mais pas sur les problèmes d’infertilité masculine ? Pourquoi le marché pharmaceutique regorge-t-il de petites pilules bleues et n’y a-t-il pas un seul médicament permettant de traiter l’infertilité à sa source quand elle provient de l’homme, soit un cas sur deux environ chez les couples concernés ? Les chiffres rappelés plus haut sont sans appel, ce n’est pas une question de marché de niche non rentable et de pathologie orpheline… Alors, misogynie ambiante, suprématie masculine (notamment dans le milieu médical), (faux) culte de la virilité, distorsion culturelle héritée, notamment, de sarcastiques injonctions religieuses qui pèsent sans doute sur nos mentalités judéo-chrétiennes ? Il faut noter ici que la toujours très en avance religion catholique à la morale pourtant souvent discutable est la seule des grandes religions à refuser et condamner l’assistance médicale à la procréation… On en pense ce qu’on veut mais ce fardeau culturel-sociétal-religieux aura sans doute pesé sur les non-avancées des débats lors de la révision de la loi de bioéthique.

 

Mais au fait, où en est donc la loi ?

 

1994, 2004, 2011 : la Loi de Bioéthique en France est un peu un long fleuve tranquille et paresseux. Dans la torpeur de l’été et avec trois ans de retard (la loi de 2004 devait être révisée initialement en 2008…), il n’y a pas eu de révolution en juillet 2011, même si quelques espoirs étaient nés en première lecture au Sénat, pour une fois, plus avant-gardiste ou du moins en phase avec la réalité. Après de vaines avancées vers une « autorisation avec restrictions », on est revenu vers « l’interdiction avec dérogations » : la nuance est subtile mais implacable et la recherche sur l’embryon reste donc interdite en France. Idem pour la gestation pour autrui et les assouplissements en matière de dons de gamètes : statu quo. Est-ce à relier au fait que les députés et sénateurs sont majoritairement des hommes d’âge mûr (ne vexons personne), tout comme d’ailleurs quelques grands mandarins en centres d’AMP pour lesquels la lourdeur, physique et morale, des protocoles semblent être un mythe… ?! Si on ne peut que déplorer l’attentisme, l’indifférence et les combats d’arrière-garde, il reste que les opportunités (et les évolutions à venir) en matière d’AMP doivent rester strictement encadrées, qu’il s’agisse de la gestation pour autrui, des mesures incitatives au don d’ovocytes et surtout en premier lieu de l’accès à l’AMP (et son remboursement, la France étant un des rares pays où la Sécurité sociale rembourse 4 tentatives par couple) qui doit rester strictement réservé à l’infertilité médicale et non à une infertilité sociale ou à des convenances personnelles. Ce qui n’empêche pas la loi et la société de s’adapter et la science d’avancer. Bon anniversaire Amandine !

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  • A & A, 40 ans et des poussières, trouver, un peu tard, l'amour de sa vie et avoir envie d'un enfant. Mais un cancer il y a 10 ans et distilbène in utero... Se battre contre l'adversité, s'essouffler, s'aimer en espérant le meilleur...

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